Atiba Hutchinson entre deux mondes

Atiba Hutchinson

FIFA.com

Istanbul respire le football. Le ballon rond est quasiment une religion dans la plus grande ville de Turquie. “Les supporters s’investissent à fond dans le jeu ici”, s’émerveille Atiba Hutchinson au micro de FIFA.com. “Ils passent de l’exaltation au désespoir au rythme des victoires et des défaites.” Le Canadien sait de quoi il parle. Il entame sa quatrième saison dans les rangs de Besiktas, où il s’est imposé comme pilier de l’entrejeu par son efficacité dans la récupération et son infatigable énergie.

Quand il a aidé le club à remporter la Super Lig l’an dernier, les fans se sont surpassés. “J’ai gagné des titres et des coupes au Danemark et aux Pays-Bas, mais je n’avais jamais vu une chose pareille”, remarque le milieu à l’accent légèrement chantant, héritage de ses racines trinidadiennes. “La fête a duré des nuits entières. On en parle encore. Des feux d’artifice partaient de bateaux sur le Bosphore et les Stambouliotes étaient déchaînés !”, poursuit le natif d’Ontario, dont le transfert à West Ham a été bloqué par le président du BJK sous la pression des supporters. “Chacun ici est supporter de l’un des trois grands clubs de la capitale, que ce soit Besiktas, Galatasaray ou Fenerbahçe. Les gens vous aiment ou vous détestent en fonction de l’équipe qu’ils soutiennent. Mais on me reconnaît tout le temps dans la rue et j’ai droit à un pouce levé, un signe de la main ou autre chose. C’est une ville passionnée de foot, où tout le monde sait qui nous sommes.”

Star à Istanbul, inconnu chez lui

Quand on lui demande s’il en va de même à Toronto, Hutchinson ne peut s’empêcher de rire. “On ne me reconnaît jamais au Canada. Jamais”, répond-il avec bonne humeur.

La relation policée que son pays entretient avec le sport roi est à des lieues du bouillonnement de passion et de couleurs qui anime Istanbul, où les terrasses de café pleines à craquer croulent sous les bannières et les fusées éclairantes.

Expatrié en Europe depuis plus de dix ans, Hutchinson est passé par la Suède, le Danemark et les Pays-Bas, où il a porté le maillot du PSV Eindhoven. Élu Joueur canadien de l’année à cinq reprises, il compte 75 capes et figure parmi les meilleurs milieux de l’histoire du football canuck. Il n’est pas pour autant devenu une célébrité dans son pays, où le football n’a pas connu le même essor qu’aux États-Unis. La seule apparition du Canada en Coupe du Monde de la FIFA™ remonte à 1986. Chez lui, Hutchinson jouit du plus complet anonymat. “Le Canada et la Turquie ont une culture du football radicalement différente. Les Turcs aiment le foot, les Canadiens aiment le hockey sur glace”, précise celui qui se prépare à la double journée de qualification pour Russie 2018 prévue en septembre. Le Canada y jouera sa place dans l’Hexagonal, le tour final de la CONCACAF.

L’heure des adieux ?

Ces deux matches pourraient marquer la fin de la carrière internationale du milieu de terrain. S’il excelle toujours à la récupération, ses 33 ans pèsent sur son volume de jeu.

“Ce sont mes dernières qualifications mondialistes”, annonce Hutchinson, dont le parcours en équipe nationale junior et senior s’étend sur plus de 20 ans. “Ce serait fabuleux de retrouver la Coupe du Monde. Mais nous devons d’abord atteindre l’Hexagonal. Après, on verra.”

Il assure que la sélection actuelle, dirigée par l’ancien entraîneur du Real Madrid, Benito Floro, est la meilleure dont il ait jamais fait partie. La route vers l’ultime étape n’en reste pas moins jonchée d’obstacles, d’autant que les Canadiens devront surmonter un profond traumatisme. Le 2 septembre, ils se rendent à San Pedro Sula, au Honduras, là même où ils ont subi une lourde défaite 1:8 qui les a éliminés de la course à Brésil 2014 il y a quatre ans. Au coup de sifflet final, Hutchinson et ses coéquipiers avaient quitté le terrain en état de choc. “Ce match m’obsède”, souffle-t-il à voix basse, comme s’il confiait un secret honteux. “Les autres joueurs ne sont pas près de l’oublier non plus. Aujourd’hui, nous tenons l’occasion de prendre notre revanche.”

Deuxièmes ex æquo du Groupe A, les Canucks ont toutes les chances d’accéder au tour final s’ils décrochent un nul au Honduras, suivi d’une victoire quatre jours plus tard à Vancouver contre le Salvador. Et si Hutchinson se montre décisif, il pourrait bien se voir enfin reconnu dans les rues canadiennes.

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